Meta title : Féminicides en Belgique : le recensement officiel attendu en 2027 | Madame.be
Meta description : Féminicides en Belgique : le premier recensement officiel est attendu « début 2027 », après deux reports. Ce qui bloque, ce que dit la loi et où trouver de l’aide.
Comment lutter contre un phénomène que l’on n’arrive pas à compter ? C’est la question, glaçante, que pose l’actualité de ce vendredi 30 octobre 2026. Le premier recensement officiel des féminicides en Belgique, promis depuis des années, n’est toujours pas là. Il est désormais attendu « début 2027 ».
Chez Madame.be, nous parlons volontiers de mode, de beauté et de bien-être. Mais être une femme, c’est aussi être concernée par ce qui nous protège, ou pas. Alors aujourd’hui, on prend le temps de comprendre ce qui se passe, sans jargon et sans détour.
Ce que l’on sait : un recensement attendu « début 2027 »
Selon une dépêche Belga relayée par La Libre ce 30 octobre, la publication du premier recensement officiel des féminicides en Belgique est attendue « début 2027 ». C’est ce qu’a indiqué à l’agence Véronique de Baets, porte-parole de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes (IEFH).
Le calendrier a déjà glissé à plusieurs reprises. Ce recensement avait d’abord été annoncé pour la fin 2025, puis pour la fin 2026. Voici les repères à retenir :
- Première publication : début 2027, avec des données qui portent sur l’année 2025, traitées par l’IEFH avec la police et la justice.
- Chiffres de 2026 : le dénombrement des féminicides de l’année en cours devrait, lui, être publié fin 2027, toujours selon l’Institut.
- Base légale : la loi-cadre du 13 juillet 2023, surnommée « loi féminicide », qui prévoit ce comptage.
- Organe d’analyse : un comité scientifique indépendant pour l’analyse des féminicides, créé par arrêté royal en 2025.
Pourquoi compter un féminicide est si compliqué
On pourrait croire qu’il suffit d’additionner les femmes tuées. Ce n’est pas si simple, et la porte-parole de l’IEFH l’explique elle-même : « Le féminicide n’est pas une infraction pénalement définie en Belgique. La comptabilisation d’un homicide comme féminicide est donc un processus laborieux. »
Concrètement, un homicide ne devient un féminicide dans les statistiques que si l’on peut démontrer le contexte. Véronique de Baets précise qu’une stratégie de contrôle coercitif doit être établie pour qualifier un féminicide. Autrement dit : il faut reconstituer le climat de domination dans lequel la victime vivait, pas seulement constater le drame.
Des textes qui doivent encore être finalisés
Le recensement prévu par la loi de 2023 nécessite encore des arrêtés royaux. D’après l’article, leurs projets ont reçu des avis défavorables de plusieurs organes de contrôle. L’Organe de contrôle de l’information policière a notamment relevé, en juin, des incertitudes sur la conformité de ces textes avec les règles de protection des données.
Du côté du cabinet de l’Égalité des chances, la porte-parole Cheryl Isenge insiste sur la sensibilité des informations : « Ces données sont très sensibles et nécessitent un système à la fois sûr et opérationnel. » Le comité scientifique doit, de son côté, encore définir une méthode pour analyser les circonstances des crimes.
La vie privée et la sécurité des données sont des enjeux légitimes. Mais pour beaucoup d’associations, le temps long de l’administration est difficile à entendre quand il s’agit de vies perdues.
Un vide laissé par la fin d’un comptage citoyen
Jusqu’ici, le comptage des cas assimilés à des féminicides était assuré par le blog Stop Féminicide. Faute de subsides suffisants, il a annoncé mettre un terme à ses activités. Résultat, selon l’article, aucun organisme n’a depuis repris ce comptage en temps réel, une situation dénoncée par plusieurs associations, dont le Conseil des femmes francophones de Belgique.
Ce n’est pas un détail technique. Sans chiffres fiables et rapides, difficile de :
- mesurer l’ampleur réelle du phénomène et son évolution ;
- repérer les failles dans la chaîne de protection (signalements, plaintes, suivi) ;
- orienter les budgets vers les dispositifs qui fonctionnent ;
- rendre hommage aux victimes en les nommant, et non en les laissant à l’état de faits divers isolés.
Pour mémoire, des médias belges rapportaient déjà ces dernières années que, chaque mois, deux femmes meurent en Belgique des suites de violences conjugales (La Libre en 2023, la VRT en 2024). Ces chiffres montrent à quel point une photographie officielle et complète manque encore.
Ce que ce retard change pour nous, concrètement
Un recensement n’empêche pas, à lui seul, un drame. Mais il donne aux pouvoirs publics les moyens de comprendre, d’anticiper et de corriger. Tant qu’il n’existe pas, la prévention reste un travail de terrain, porté par les associations, les proches et, souvent, par les femmes elles-mêmes.
Les signaux d’alerte à ne jamais minimiser
Les violences conjugales ne commencent presque jamais par des coups. Le contrôle coercitif dont parle l’IEFH s’installe par petites touches. Quelques signes doivent vous alerter, pour vous ou pour une amie :
- un partenaire qui surveille vos messages, vos sorties, vos fréquentations ;
- un isolement progressif : on vous éloigne de votre famille et de vos amies ;
- un contrôle de l’argent, des tenues, des horaires ;
- des humiliations, des menaces, des excuses suivies de nouvelles crises ;
- la peur au moment de rentrer à la maison ou de répondre au téléphone.
Où trouver de l’aide
Si vous êtes en danger immédiat, composez le 112. Pour parler, être écoutée et orientée, vous pouvez contacter la ligne d’écoute violences conjugales au 0800 30 030 (gratuite et anonyme). Si vous craignez pour une proche, vous n’avez pas à attendre « d’être sûre » : écouter sans juger, rester présente et l’aider à contacter ces services est déjà un geste précieux.
Le poids émotionnel de ces situations est lourd. Si vous vous reconnaissez, ou si le sujet résonne fortement, notre article sur la santé mentale des Belges propose quelques gestes simples pour prendre soin de vous et ne pas rester seule.
Ce que l’on peut attendre (et exiger) pour la suite
L’article ne mentionne aucune mesure nouvelle au-delà du calendrier de publication et de la poursuite du travail sur les arrêtés royaux et la méthode du comité scientifique. Les prochains mois seront donc décisifs. Voici ce qui mérite d’être suivi de près :
- La finalisation des arrêtés royaux, qui conditionnent le fonctionnement concret du recensement.
- La méthode du comité scientifique pour analyser les circonstances des crimes.
- Le respect du calendrier : publication début 2027 pour 2025, puis fin 2027 pour 2026.
- Le soutien aux associations qui accompagnent les victimes et sensibilisent le public, souvent avec des moyens limités.
À vous de jouer : trois gestes qui comptent
Face à un sujet aussi lourd, on peut se sentir impuissante. Pourtant, chaque femme a un levier à sa portée :
- Parlez-en autour de vous. Briser le silence est le premier pas pour que les violences cessent d’être des « histoires privées ».
- Enregistrez le 0800 30 030 dans votre téléphone, pour vous ou pour une amie. Un numéro sous la main peut faire la différence.
- Restez informée et exigeante. Suivez l’actualité, interrogez vos élues et soutenez les associations qui font ce travail de terrain.
En conclusion : compter, c’est reconnaître
Un chiffre officiel ne ramènera personne, mais il dit une chose essentielle : ces vies comptent, et la société accepte de regarder la réalité en face. En attendant 2027, la vigilance, la solidarité et l’écoute restent nos meilleures armes.
Et vous, qu’attendez-vous des pouvoirs publics pour mieux protéger les femmes ? Partagez cet article avec une amie, une sœur, une collègue : parler de ces sujets, c’est déjà agir.
Sources : dépêche Belga publiée par La Libre (30 octobre 2026).
